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Maladies tropicales négligées : la résistance aux médicaments complique le traitement

Maladies tropicales négligées : la résistance aux médicaments complique le traitement:

Le fait que les médicaments ne soient plus efficaces pour traiter les infections constitue un défi majeur pour la santé à notre époque. Cela se produit lorsque les agents responsables des infections (bactéries, virus ou champignons) deviennent résistants aux médicaments.

Les antimicrobiens sont une large gamme de médicaments qui agissent sur les microbes – comme les bactéries, les champignons, les virus ou les parasites. Les antibiotiques, par exemple, sont un type d’antimicrobien qui agit contre les bactéries.

La résistance aux médicaments antimicrobiens rend donc difficile le traitement et la prévention d’un large éventail d’infections.

La résistance aux antibiotiques compromet les programmes de santé publique, tels que les traitements contre la tuberculose. Elle peut également compromettre d’autres interventions médicales où le traitement est nécessaire pour prévenir l’infection, comme la chirurgie, les césariennes ou le traitement du cancer.

Les principales causes de la résistance aux antimicrobiens sont la mauvaise utilisation et l’utilisation excessive des antimicrobiens chez les humains, les animaux et les plantes.

La résistance aux antimicrobiens entraîne plus de décès et de maladies en Afrique que partout ailleurs. Le continent a enregistré 21 % des décès liés à la résistance aux antimicrobiens dans le monde en 2019. Cette année-là, plus de 1,05 million de décès en Afrique ont été associés à la résistance aux antimicrobiens. Il s’agit là d’une menace sanitaire exceptionnelle.

Il est inquiétant de constater que les décès liés à la résistance aux antimicrobiens devraient augmenter à l’échelle mondiale. Cette tendance est déjà observée en Afrique. Par exemple, les dernières données montrent que la part des infections à E. coli résistantes aux céphalosporines (l’antibiotique utilisé pour les traiter) est en hausse.

Pour changer cette situation, il est nécessaire de réduire le fardeau des maladies qui nécessitent un traitement antimicrobien.

Les maladies tropicales négligées (MTN) constituent un groupe de maladies infectieuses répandues en Afrique. Il existe déjà des outils efficaces pour les prévenir et même les éliminer. Mais chaque année, des millions de personnes sont infectées et traitées à l’aide d’antimicrobiens. Ce qui accroit le risque de propagation de la résistance.

Ayant participé à la conception et à la mise en œuvre de programmes de lutte à grande échelle contre les maladies tropicales négligées, je plaide en faveur de l’élimination de ces maladies. Cela doit se faire par le biais d’approches intégrées, incluant la médecine préventive, l’eau et l’assainissement, et le contrôle des agents qui propagent les maladies.

Même les pays où les maladies tropicales négligées ne sont pas courantes devraient s’engager dans cette voie, dans le cadre de la sécurité sanitaire mondiale.

Lutte contre les maladies tropicales négligées

Les maladies tropicales négligées regroupent 21 affections diverses susceptibles de poser des problèmes sanitaires et économiques à long terme.

Elles sont causées par une variété d’agents pathogènes, notamment des vers, des bactéries, des champignons et des virus. Parmi ces maladies, six sont traitées par des antibiotiques : ulcère de buruli, leishmaniose, lèpre, onchocercose, trachome et pian.

Chaque année, des millions de personnes atteintes de maladies tropicales négligées sont traitées avec des antimicrobiens.

L’une des approches de santé publique les plus efficaces pour lutter contre les maladies tropicales négligées est la chimioprévention, qui implique l’administration massive de médicaments, les personnes étant traitées sans diagnostic. Néanmoins, elle n’est pas viable, à la fois en termes de coût et parce qu’elle augmente le risque de résistance aux antimicrobiens.

Cependant, la chimioprévention est un outil nécessaire et efficace pour réduire les infections et les maladies. Depuis 2012, plus de 600 millions de personnes ont été guéries d’une infection due à une maladie tropicale négligée de cette manière.

Le programme de lutte contre la schistosomiase (maladie aiguë causée par des vers parasites) du Zimbabwe, auquel j’ai participé, en est un exemple. Une chimioprévention a été administrée à environ 5 millions d’enfants chaque année entre 2012 et 2019. Les niveaux d’infection ont été réduits de 32 % à un peu moins de 2 % chez les enfants âgés de 6 à 15 ans.

Le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé datant de 2022 indique qu’un peu moins de 1,7 milliard de personnes dans le monde ont besoin d’une chimioprévention. Parmi elles, un peu moins de 600 millions se trouvent en Afrique.

Un autre risque d’augmentation de la résistance aux antimicrobiens est que les antibiotiques utilisés pour traiter les maladies tropicales négligées sont également utilisés pour traiter d’autres infections. Par exemple, l’azithromycine (pour traiter le trachome et le pian) est également utilisée pour traiter d’autres infections bactériennes, dont la bronchite, la pneumonie et les maladies sexuellement transmissibles.

Déjà, sur les six maladies tropicales négligées qui sont traitées avec des antibiotiques, cinq présentent une résistance aux médicaments documentée. Cette tendance ne fera que s’accentuer.

Il est donc essentiel d’éliminer les maladies tropicales négligées afin de réduire l’utilisation d’antibiotiques et d’antimicrobiens. Cela permet également de protéger les personnes contre d’autres infections dangereuses.

Des outils prêts à l’emploi

La bonne nouvelle est que les outils permettant d’éliminer les maladies tropicales négligées existent déjà.

Au cours de la dernière décennie, 51 pays ont éliminé au moins une maladie tropicale négligée. Ces succès s’expliquent par l’utilisation d’outils multiples, de stratégies intersectorielles et d’efforts soutenus pour prévenir et traiter les infections.

Dans le cas des maladies transmises par des animaux ou des insectes (vecteurs), il s’agit de contrôler le vecteur. Par exemple, tuer les mouches qui transmettent les parasites de l’onchocercose ou les escargots hôtes de la schistosomiase.

De même, la fourniture d’eau salubre et d’installations sanitaires est essentielle pour l’élimination des maladies. Par exemple, les organismes qui causent certaines maladies passent certaines étapes de leur vie dans les matières fécales (caca). Par conséquent, lorsque les matières fécales sont mal éliminées, elles peuvent contaminer l’environnement et la maladie peut être transmise.

L’Organisation mondiale de la santé a fixé un objectif de 100 pays éliminant au moins une maladie tropicale négligée d’ici à 2030.

Ce serait une immense victoire pour la santé et l’économie des pays où ces maladies sévissent.

Cela permettra également de réduire l’utilisation des antimicrobiens, un objectif vital pour la santé mondiale.

The Conversation

Francisca Mutapi est financée par l'Aspen Global Innovation Programme, le Scottish Funding Council qui finance l'université d'Édimbourg, l'Academy of Medical Sciences, la British Academy et la Royal Society. Francisca Mutapi est directrice adjointe du partenariat Tackling Infections to Benefit Africa (TIBA) et présidente adjointe du conseil d'administration de Uniting to Combat NTDS.

: The Conversation – Articles (AFRICA)

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Published on 16 October 2024 by Alan Category: NewsTag: complique, maladies, médicaments, négligées, Resistance, traitement, tropicales

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