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Les investissements chinois en Afrique ne profitent pas pleinement aux villes : il est temps d’y remédier

Les investissements chinois en Afrique ne profitent pas pleinement aux villes : il est temps d’y remédier:

Au cours des deux dernières décennies, les dirigeants africains ont été de plus en plus attirés par les financements et les investissements chinois. Ces investissements se réalisent rapidement et avec des conditions apparemment moins strictes que les sources de financement traditionnelles. Certains suggèrent également que l’approche de la Chine est plus en phase avec les priorités africaines.

Ce sentiment a été résumé par l’ancien président du Sénégal, Abdoulaye Wade, en 2008 :

L’approche chinoise de nos besoins est tout simplement mieux adaptée que l’approche post-coloniale lente et parfois condescendante des investisseurs européens, des organisations donatrices et des organisations non gouvernementales… La Chine a aidé les pays africains à construire des projets d’infrastructure en un temps record.

Les dirigeants africains qui ont participé cette année au huitième Forum de coopération sino-africaine à Pékin ont cherché sans aucun doute à attirer davantage de financements et d’investissements chinois. Le forum, qui est le mécanisme de coordination entre les pays africains et la Chine, se tient tous les trois ans. Il vise à promouvoir les relations diplomatiques, commerciales, sécuritaires et d’investissement entre la Chine et l’Afrique.

Depuis le sommet inaugural de 2000, Pékin a engagé plus de 170 milliards de dollars US en dons et prêts aux pays africains. Il s’agit notamment d’autoroutes, de ports et de trains urbains.

Ces investissements ont visiblement commencé à transformer les villes du continent. Les investissements futurs que recherchent les dirigeants africains sont d’autant plus urgents qu’ils permettront d’aider les villes africaines à devenir plus productives, plus vivables et plus durables.

Les défis auxquels les villes sont confrontées sont au cœur des discussions qui se sont déroulés lors du premier Forum urbain africain à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. Cet événement vise à influencer et à promouvoir le développement inclusif des villes en Afrique.

Bien qu’il s’agisse probablement d’une coïncidence, la juxtaposition de ces événements nous rappelle que l’investissement que les dirigeants africains recherchent à Pékin est nécessaire pour les villes africaines.

En tant qu’économiste urbain spécialisé dans le financement des infrastructures et des services publics, je m’intéresse, dans le cadre de mes recherches comparant les expériences d’urbanisation de l’Afrique et de la Chine, aux raisons pour lesquelles l’Afrique n’a pas bénéficié des investissements chinois et à la manière de changer cette tendance.

Le pouvoir des infrastructures

La Chine a influencé l’urbanisation de l’Afrique par le biais de l’initiative “Nouvelles routes de soie”. Lancé en 2013, ce projet d’infrastructures vise à créer un réseau de routes économiques et commerciales reliant la Chine et le reste du monde.

En décembre 2023, 44 des 54 pays africains avaient signé l’initiative “Nouvelles routes de soie”. On estime que grâce à cette initiative, la Chine a investi 2,5 fois plus dans le développement des infrastructures africaines que tous les pays occidentaux réunis.

Investir dans les infrastructures peut avoir des effets multiplicateurs sur la croissance économique et le développement. À court terme, ces investissements stimulent la demande de biens et de services, en particulier dans le secteur de la construction.

À long terme, s’ils sont bien planifiés et exécutés, ils peuvent stimuler la croissance économique et le développement. Cela est particulièrement vrai pour les investissements dans les infrastructures urbaines. Les villes prospèrent grâce à leur capacité à relier la main-d’œuvre aux entreprises, les entreprises entre elles pour les intrants, et les entreprises aux marchés intérieurs et d’exportation.

L’expérience de la Chine dans son propre pays a montré comment cela est possible. En moins d’une décennie, la Chine a développé le réseau ferroviaire à grande vitesse le plus étendu au monde à des coûts inférieurs d’un tiers à ceux des autres pays.

Et entre 1980 et 2000, la Chine a construit plus de 184 nouveaux ports, dont beaucoup en collaboration avec des entreprises étrangères, pour faciliter l’exportation des marchandises qu’elle produisait dans son économie en expansion.

Ces investissements massifs dans les infrastructures ont permis à la Chine de passer d’une économie essentiellement agraire à la deuxième économie mondiale. Cette évolution vers l’urbanisation et l’industrialisation a aidé la Chine à sortir plus de 800 millions de personnes de la pauvreté depuis 1978.

Ce qui n’a pas marché

Les pays africains n’ont pas encore pleinement réalisé les avantages potentiels que pourraient offrir les investissements chinois en matière d’infrastructure pour l’urbanisation. Certains investissements les plus coûteux dans le cadre de l’initiative “Nouvelles routes de la soie” restent mal connectés et risquent de devenir des “éléphants blancs”.

Il s’agit notamment du chemin de fer à écartement standard du Kenya. Le gouvernement kenyan s’est endetté à un niveau élevé pour le financer. Mais la viabilité commerciale de la ligne dépend de son extension vers l’Ouganda et le Rwanda, ce qui n’est pas encore le cas.

En Ouganda, la voie rapide entre l’aéroport d’Entebbe et Kampala, la capitale, est un autre exemple. Financée et construite par les Chinois, cette autoroute est devenue l’une des plus coûteuses au monde par kilomètre en raison de l’envolée des coûts du projet. Le remboursement des prêts chinois sera difficile si la route n’attire pas un trafic beaucoup plus important et ne génère pas des revenus de péage suffisants.

L’autre problème lié à certains projets financés par la Chine concerne la planification à long terme.

Par exemple, le métro léger urbain d’Addis-Abeba a été construit pour un coût de 475 millions de dollars et a commencé à fonctionner en 2015. Ayant sous-estimé les coûts d’exploitation et de maintenance, le gouvernement éthiopien peine aujourd’hui à maintenir le système. Le métro léger, qui transporte une fraction des passagers par rapport aux projections initiales, nécessite des réparations estimées à 60 millions de dollars US.

Financement

Le manque de transparence qui accompagne les prêts de la Chine a conduit les critiques à qualifier ces types de projets de diplomatie du piège de la dette ». En substance, ils affirment que la Chine accorde délibérément des prêts aux pays africains à des conditions difficiles à rembourser, afin que les emprunteurs soient contraints de céder des actifs en cas de défaut de paiement.

Mais trois observations méritent d’être faites. Premièrement, les prêts commerciaux accordés par des entités occidentales ou des institutions multilatérales continuent de dominer les prêts accordés à de nombreux pays africains.

Deuxièmement, la Chine se préoccupe également de la viabilité de la dette et du remboursement de ses prêts. C’est pourquoi son financement aux pays africains dans le cadre de l’initiative “la Ceinture et la Route » a chuté de 55 % entre 2021 et 2022, passant de 16,5 milliards de dollars à 7,5 milliards de dollars américains.

Enfin, ce récit ne tient pas compte du rôle des dirigeants africains dans la négociation et l’approbation des accords de financement chinois. Ces prêts sont signés par les ministres africains et ratifiés par les parlements et les présidents. Les dirigeants africains ont donc la responsabilité de prendre des décisions d’investissement productives au nom des citoyens dont les impôts devront être utilisés pour le remboursement.

L’expertise de la Chine

Avec plus de vingt ans d’investissements chinois dans une Afrique qui s’urbanise rapidement, et probablement avec des perspectives plus prometteuses, il est maintenant crucial d’évaluer ce qui a réussi et d’identifier les domaines à améliorer.

La Chine possède une expertise crédible en matière d’urbanisation. Elle a acquis une expérience récente dans la gestion d’une transition urbaine semblable à celle qui se déroule actuellement en Afrique. Cette transition s’est déroulée parallèlement à la transformation économique et à la réduction de la pauvreté.

Elle a donc un rôle à jouer dans l’urbanisation de l’Afrique, au bénéfice des deux parties.

Mais c’est aux dirigeants africains de défendre leurs priorités.

The Conversation

Astrid R.N. Haas does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

: The Conversation – Articles (AFRICA)

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Published on 13 September 2024 by Alan Category: NewsTag: Afrique, Chinois, d’y, investissements, pleinement, profitent, remédier, temps, Villes

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